la balancelle immobile

Il y a deux ans, je l’avais reçue en cadeau de mon mari et j’y corrigeais les épreuves des Adolescents troglodytes.

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Même si je l’ai parfois abandonnée sous la neige, et bien que n’ayant rien encore pour l’accrocher, j’ai voulu l’emporter.

Je l’ai posée sur deux cairons, et la voilà sur ma nouvelle petite terrasse, mais immobilisée.

C’est mon nouveau bureau d’extérieur.

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Je vais y lire, écrire, corriger mon nouveau manuscrit dont j’entends (parfois directement, parfois via mes oreilles qui sifflent), que j’en dis trop, que je fais étalage de vie privée, en harengère hystérique.

Pourtant, je n’ai pas l’impression de parler si fort, je me pose, je lis*, j’écris.

Et petit à petit, je me prépare à la rentrée, et à l’autre rentrée (au fait, petit article sympa dans les inrocks de cette semaine)*

* sur ma liste (car la rentrée c’est aussi mon anniv) des chouchous : Sautière, Riboulet, Mainard, Zoss, et j’en oublie…

petites pilules noires

Il y a deux jours, j’ai voulu ranger des billes en chocolat que j’avais trop de mal à avaler, mais ma maladresse légendaire aidant, elle se sont éparpillées partout autour de moi, et mon nouvel ordi* en a recueilli quelques unes.

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J’ai choisi cette image pour annoncer la sortie demain des Mains gamines car, certains lecteurs habitués le savent** les livres chez moi, c’est une histoire de sucreries, or ces billes de chocolat m’avaient été offertes par un lecteur attentif de ce texte encore en brouillon.

Dès demain, donc, en librairie, Les Mains gamines.

* car cet été, mon ancien ordi aussi m’a lâchement abandonnée… mais je l’ai remplacé illico.

** et au lieu de m’informer qu’ils ont acheté un de mes livres me disent qu’ils remplissent le bol de « m&bip’s »

cachez ces larmes…

Via le désordre aujourd’hui je découvre cette affaire de censure postale* imbécile .

Il est une autre forme de censure (ou plutôt des appels à l’auto-censure), plus indirecte et beaucoup plus amicale, que je vis en ce moment.
Ce sont ces conseils que je reçois dans les mails de soutien qui me font à la fois du bien et pleurer.

Toutes ses personnes me demandent, ou me conseillent, de cacher, précisément, ces larmes.
Elles le font toutes pour me protéger et je sais qu’elles ont raison.

Extraits :

« Tu y vas un peu toute nue, que ce n’est pas encore très muri ces choix esthétiques et que cela risque de beaucoup évoluer étant donné ton désir de tenter des choses vraiment nouvelles, du coup si cela ne sort pas comme tu aimerais, tu risques de te sentir en deça de ce que tu avais annoncé et comme en plus c’est lié avec des sentiments douloureux cela risque, dans un an ou deux de t’être pénible à relire en te rappelant que c’était public »

« Ne donne plus tant de place à ton émoi, celui-ci, sur ton blog, non pas parce qu’il faudrait cacher, je sais bien que ton carnet reflète tes états et tes ressources, mais parce que dans les mois qui viennent, un grand nombre de regards vont se porter sur toi, certains sincères, d’autres malveillants, cyniques, mesquins, jaloux…
Ceux-là n’hésiteront pas à utiliser tes mots sincères et ta douleur pour en faire une “petite histoire entre un écrivaillon de province et une écrivaine pas/mal baisée”
Je sais, on ne doit pas s’interdire face aux cons, mais alimenter les railleries minables autour des fluttes des cocktails mondains germano-pratins avec les traces d’une histoire sincère me semblerait leur faire trop d’honneur.
Je pense que tu devrais garder une partie de ta douleur pour les échanges avec des gens sincères »

« méfie-toi que sur l’internet on est rarement lu par qui on croit et que certains ne t’y suivent que dans l’idée de te nuire (même s’ils ne te connaissent pas, le moindre nano-succès suffit pour attirer les pires réactions de jalousie, alors toi qui t’en sors admirablement bien, tu constitues une cible merveilleuse). Méfie-toi que le moindre truc qu’on y publie se retrouve toujours fatalement quelque part archivé par des trucs mécaniques ou bien des humains et pas toujours bienveillants, donc même si tu choisis de retirer un billet, sa trace sera toujours quelque part. Bref protège-toi, préserve ce qui de votre histoire fut si beau et que passé la tornade tu seras heureuse de retrouver en bon état, de grâce, n’en dis pas trop »

Tout cela est juste, bienveillant et bien expliqué oui mais voilà…

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En plus de me permettre de respirer, m’exposer ainsi (beaucoup plus qu’avant) m’aide à y voir plus clair et à avancer dans le travail entrepris.

Comme je l’ai déjà expliqué, ce blog est ce qui s’écrit « dans la marge » c’est un laboratoire, une partie (publique) de mes brouillons.

Or je dois me dire que notre histoire est finie, ou plutôt, elle est revenue au point de départ : le livre.
C’est moi qui avait eu l’initiative de ce livre (Marc m’avait répondu « je ne peux rien te refuser »), mais je me suis trompée, il est trop difficile d’écrire à deux, je continue donc toute seule. Et j’en parle sur mon blog : du livre, des matériaux de ce livre, comme je l’ai toujours fait jusqu’à présent.

Dans Les Mains gamines, je m’expose bien plus, mais c’est sous couvert de représentation plus élaborée, et surtout : le côté trash semble mieux passer que l’aspect “fleur bleue”**.

Que mes lecteurs se rassurent, les dernières lettres écrites à Marc, qui constituent la fin du livre, sont plus violacées qu’à l’eau de rose, je retrouve dans la douleur et l’écriture mon ton violent, brutal, réaliste.

Enfin, certains l’auront compris, il se peut que je ne raconte pas toute la vérité à propos cette histoire, ni Marc (mais qu’il m’a quittée, que je n’ai pas compris pourquoi jusqu’à ce qu’il m’explique qu’il n’est plus amoureux, que je pleure, que j’ai l’impression de ne plus respirer, qu’il me manque comme quelqu’un qui a complètement disparu - ce qui est déplacé, démesuré, je le sais - tout cela est vrai et j’assume mon épanchement).
Ici comme dans le livre, y a des « choses » et il y aura encore des « choses » que personne ne sait, ne saura, pas même lui.
J’ai toujours écrit comme ça : montrer pour mieux cacher.
Je dis regardez ça, et puis non, plutôt ça, et en fait c’est encore ailleurs que sont les choses les plus intimes, personnelles, indicibles.

* Là où j’habite depuis juillet mon proprio est mon facteur, de même que mon voisin immédiat, qui travaille avec lui au centre de tri… or ce jeune homme doit me trouver bien silencieuse depuis lundi matin, parce que je pleure en silence, alors que j’avais la joie plus démonstrative jusque là…

** irrésistibles, les billets de Didier Da Silva sur le rewriting des harleconneries.

comment devenir un ange “à vie”…

Qu’ont en commun les écrivains Hubbert Haddad, Richard Brautigan, François Bon, Alain Nadaud, Pierre Michon, Christian Bobin, Antonio Tabucchi, Bernard Noël, Olivier Rolin, Pascal Quignard, Jean-Claude Pirotte, Éric Holder, Linda Lê, Agota Kristof, Antonio Lobo Antunes, Pierre Bergounioux, Régine Détambel, Manuel Vasquez Montalban, Claude Louis-Combet, Antoine Volodine, Christine Angot, Jacques Séréna, Jean-Pierre Abraham, Marcel Moreau, Ismaël Karadé, Lydie Salvayre, Jorn Riel, Christian Pringent, Georges Hyvernaud, Richard Millet, Jude Stefan, Roger Laporte, Richard Morgiève, Claudio Magris, Gérard Macé, Michel Surya, Franck Venaille, Péter Esterhazy, Erri de Luca, Christophe Honoré, Olivier Cadiot, Pierre Autin-Grenier, Camille Laurens, Slimane Benaïssa, Hubert Lucot, Eric Faye, Mario Rigoni Stern, Enrique Vila Matas, Edward Bond, Patrick Deville, Lidia Jorge, Juan Marse, Jean-Loup Trassard, Pascal Commère, Dominique Mainard, Laurent Gaudé, Gilles Ortlieb,Enzo Cormann, Christain Gacin, Éric Chevillard, Jean Rolin, Hubert Mingarelli, Pierre Guyotat, Henri Calet, Dominique Fabre, Eugène Savitzkaya, Raymond Federman, Paul Nizon, Jean Échenoz, John Berger, Claude Simon, Claude Esteban, François Maspero, James Sacré, François Salvaing, Laurent Mauvignier, Arno Bertina, Régis Jauffret, André Blanchard, Philippe Forest, Emmanuel Carrère, William Cliff, Brigitte Giraud, Wassilis Alexakis, Jean-Pierre Ostende, Rick Bass, Nicole Caligaris, Jacques Roubaud, Nimrod, Pierre Senges, Antoine Emaz, Marie Didier et Jean-Patrick Manchette ?

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Cela ne se voit pas, au premier abord, ni sur leurs corps, ni dans leurs livres, mais ils ont des ailes et un matricule, et ce, à vie : car en plus de la curiosité jubilatoire de s’entretenir avec le très sémillant Thierry Guichard, la délicieuse angoisse de se faire tirer le portrait par Olivier Roller, faire la Une du Matricule des Anges, je ne le savais pas, vous donne le privilège d’être abonné à vie…

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(photo MP)

À la rentrée, j’aurais à mon tour ce privilège et j’en suis très fière… comme quoi, faire la couv’ du matricule ne donne pas seulement la grosse tête mais aussi des ailes dans le dos…

Très fière, oui, je ne le cache pas, et très triste : pour la séance photo au studio d’Olivier Roller, en mai dernier, j’étais accompagnée*, je me sentais aimée, et l’entretien avec Thierry Guichard s’est déroulé chez moi quelques jours avant le départ de Marc. Alors je ne sais pas très bien ce que je vais ressentir en lisant ce numéro ou plutôt si, je le sais trop bien, j’arriverai à ressentir cette fierté, pas de problème**, mais aucune joie, aucune.

* De même lors d’une séance avec Hélène Bamberger : voilà ce qu’elle a saisi de mes pensées

** (Un peu de baume à l’égo ça fait du bien quand on vous dit qu’on ne vous aime plus en moins de quatre jours chrono)

une histoire comptable

Quelques dates :

26 mars 07, 21H43 : début des échanges par mail, à l’initiative de Marc
Nous échangeons aussi nos livres quelques jours plus tard (20 mai 2007, 15H25, Marc me propose le sien, je fais de même à 19H55)
18 et 20 juillet 07 : brève rencontre à La Baule
9 février 08, 22H43 : début du livre à deux
19 février 08, 20H16, Marc m’écrit « ce n’est qu’un livre »
14 mars, vers minuit : le livre déborde.
14 juillet : je quitte les Sardines*
18 juillet, vers 17H30 : Marc me rejoint dans l’appartement où je viens d’aménager.
On « débroussaille » le livre pendant un mois, éliminant toutes les lettres médiocres, les trop privées, les trop « fleurs bleues »**.
16 août : dans la nuit, Marc me serre dans ses bras en me disant « mon amour ».
18 août : Marc me quitte, il rentre chez lui et je décide dans la journée de reprendre le livre toute seule, comme si je ne pouvais plus respirer sans écrire (j’ai l’impression de suffoquer).
19 août : les mots d’amour s’écrivent déjà au passé : je cherche de l’air, encore.
20 août, au matin : une formule dans son carnet : “Ma vraie place : qui m’aime doit me laisser à ma vraie place”.
20 août, 18H35 : comme je ne comprends toujours pas, il répond à ma question qu’il n’est plus amoureux de moi.

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Quelques chiffres :

4369 mails échangés (j’en ai 271 de retard sur lui)

Livre brut : de 873 627 caractères / 381 lettres
Livre débroussaillé : 414 322 caractères / 241 lettres
Livre en solitaire à la date d’aujourd’hui : 240 640 caractères / 128 lettres

58 H sans lui : il me manque comme jamais auparavant et comme aucun homme ne m’a jamais manqué, mais je dois le laisser à “sa place”, il n’est déjà plus amoureux.

J’écris, ici, et ailleurs.

Ps : je reçois de nombreux mails, de tous horizons, proches, amis, connaissances diverses, inconnus, et aucun ne peut m’aider à respirer, mais tous me font du bien : merci.

* La séparation d’avec mon mari, je le répète, est indépendante de cette « histoire », mais bien sûr ceci a permis cela.

** Jean-Paul Hirsch, attaché de presse et plus chez POL, grand amateur de mélos, en est déçu, mais faut pas exagérer quand même, le blog est déjà bien assez sentimental…