Mes profs
Nous les profs, on oublie souvent les nôtres, de profs.
Nous les écrivains, on oublie souvent de parler de ceux qui nous ont poussés à le faire, lire, écrire.

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La première de ces profs dont je me souviens, je la vois encore très souvent : ma mère (et maintenant, je suis prof de ma fille...), et surtout, surtout, je me souviens de cette école (classe unique) très particulière, au bord d'une route perdue, Bertoire.

Puis il y a eu Christiane Gant, prof de français au collège de ce village dans lequel se concentre l'histoire du Tiroir à cheveux. Je me souviens de cette prof loufoque, aussi "débraillée" et "sans gêne" que je le suis aujourd'hui, qui nous donnait envie de lire et découvrir plein de choses et qui avait dit en salle des profs (j'avais des informateurs,la mère de ma meilleure amie était prof de math/musique dans le même collège) : "vous savez pas ce qu'elle nous a sorti, Emmanuelle, aujourd'hui ? Etre à l'école, c'est déjà une chance". Enfin bref, cette prof sait depuis peu que j'écris et est une de mes "fans"...

Au lycée, en première, il y avait un prof de français, Volodia Toreilles (je ne suis pas sûre du nom) dont toutes les filles étaient amoureuses parce qu'il était "beau gosse et chemises blanches". Par pur esprit de contradiction, il m'énervait. En plus, il s'était mis en colère parce que je ne prenais pas de notes, il tenait à me rappeler le bac à la fin de l'année, que c'était pas parce que j'étais en "S", etc (oui, j'étais une "scientifique", tout le monde n'est pas parfait !). Mais une des premières copies à rendre était un commentaire composé sur Le Plat Pays et je m'étais éclatée à commenter ce texte, et là, il m'avait rendu mon commentaire avec un A+ en me disant, non seulement c'est excellent, mais en plus c'est très bien écrit. Pour moi qui commençais mes premières béguins littéraires, c'était encourageant.

À la fac, je me suis aussi "fritée" avec une prof : Maxime Scheinfeigel. En licence, elle nous demande si on préfère mettre le partiel fin mai ou début mai. Enceinte jusque là (mais assise) je lui dis "oh pour moi ce sera fin mai" (le terme était prévu le 6 mai). Elle me répond "vous savez, mademoiselle, le festival de Cannes, c'est fin mai". Nous sommes étudiants en cinéma, et certains d'entre nous ne jurent que par ce genre de manifestations. À la fin du cours je me lève et lui fais remarquer que moi, le festival de bidule, je m'en fous complètement, par contre... Elle s'excuse en voyant mon gros bidon.
Ses cours sur le documentaire et le son au cinéma sont fascinants, même si son côté "bourgeoise" m'énerve, elle me fascine elle-même, et encore aujourd'hui (et elle le sait !).
En maîtrise, quand elle me demande qui je veux pour diriger mon mémoire, je réponds "oh moi, ben, qui voudra bien de mon sujet", alors elle me trouve "bien arrogante".
C'est elle bien sûr qui le dirigera, et déclarera en soutenance, que ce mémoire est celui "d'un écrivain de cinéma, voire d'écrivain tout court".
Après, je ne la "quitterai" plus, en quelque sorte, puisque pour tout ce que je vais entreprendre, j'aurai un étrange besoin de son assentiment. Elle fait des travaux remarquables, est spécialiste de Jean Rouch.
Elle et Christiane viendront me soutenir lors de ma première rencontre en librairie, au Grain des Mots.

Enfin, en pépra agreg, j'ai suivi les cours d'esthétique d'un drôle de type avec un chapeau et un oeil en moitié fermé (j'ai aussi cette "variante" lorsque je suis fatiguée), Michel Guérin. Ces cours étaient captivants, et toute l'année il nous a bassiné avec un certain livre que j'ai fini par lire... C'est d'ailleurs grâce à l'esthétique que j'ai eu le concours, et depuis, j'adore la philo.

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